la question sdf
DES VAGABONDS AUX SDF
Le terme de « sans domicile fixe » est récent ; cependant il renvoie à une longue tradition de gestion, de la pauvreté, de l’errance, de la mendicité, du vagabondage…
Définit par robert Castel, dans « les métamorphoses de la question sociale » (95), comme « l’homologie moderne du vagabondage des sociétés préindustrielles », le « SDF » renverrait, par un processus historique, à ceux que l’on considéraient comme un « poids inutile de la terre »… Les définitions juridiques retiendront dès lors ce point : « déclarons vagabonds et gens sans aveu ceux qui n’ont ni profession ni métier, ni domicile certain, ni lieu pour subsister et qui ne sont pas avoués et ne peuvent certifier de leurs bonnes vies et mœurs par personnes dignes de foi » ( par une ordonnance du 24 août 1701 )…en 1764 s’ajoute à cette définition une note concernant le rapport au travail des vagabonds : en stipulant que seuls seront comptés ceux n’ayant pas travaillé « depuis plus de six mois »…
Instables, dangereux, amoraux, source de criminalité, marginaux, ayant un lien avec l’emploi précaire ou inexistant, volontairement ou involontairement … tels sont les qualificatifs qui, au cours du temps, ont désignés ceux restés aux marges de la sociétés et de l’emploi, nommés indigents, pauvres, vagabonds ou SDF….
Toutefois, un lien, plus ou moins direct, entre les « SDF » et les vagabonds, ne peut être réellement établit que si la complexité des processus (macro-sociaux comme individuels) et des changements historiques qui mènent au statut de SDF est exposée.
Tout d’abord, il s’agit d’envisager ces différents processus et changements aux travers des nombreuses représentations et analyses concernant les vagabonds, le vagabondage, la pauvreté, ou, aujourd’hui, les SDF…
De plus ; soit que l’action publique influence les représentations et les analyses, soit que l’évolution des représentations et des analyses conduit à un changement dans les actions publiques concernant le vagabondage puis les SDF : dans un cas comme dans l’autre il apparaît nécessaire d’appréhender aussi ces processus et changements en analysant les différents modes d’interventions sur ces questions, que l’on se situe au moyen age, au XIXe siècle ou aujourd’hui…
Enfin ; il semble indispensable, pour cerner de manière scrupuleuse la question des SDF, d’aborder, de manière à la fois qualitative mais aussi quantitative, le groupe des SDF. Ainsi, nous pourrons percevoir, notamment au travers du rapport à l’emploi, du rapport aux aides, du rapport aux autres, et du rapport à soi… quel est (sont) le(s) mode(s) de vie(s) du (des) SDF aujourd’hui… toujours en lien avec le sujet, donc pour comprendre les évolution qui mènent le vagabondage au terme de SDF, cette esquisse devra faire intervenir des outils de comparaisons entre les SDF d’aujourd’hui et les vagabonds d’hier…
Au travers des textes proposés et analysés ( le livre de Julien Damon : « la question SDF » paru en 2004, l’article de jean-françois Wagniart de 98 intitulé « les migrations des pauvres en France a la fin du XIXe siècle », puis les dossiers d’INSEE première de janvier 2002 intitulés « Hébergement et distribution de repas chauds : qui sont les sans-domicile usagers de ses services » et « le cas des sans domicile », et d’octobre 2003 intitulé « les sans domiciles ne sont pas coupés de l’emploi » ) mais aussi avec d’autres références (tels que le livre de Patrick Declerck « les naufragés » de 2001, ou celui de Robert Castel « les métamorphoses de la question sociale » de 1995), je me propose donc de traiter la question du passage des vagabonds aux SDF, en axant mon exposé autour des trois thèmes précisés précédemment.
L’exposé se proposera donc d’émettre des bases théoriques avant d’insister sur des faits plus individuels : Ainsi je tenterais de mettre en lumière, premièrement, les changements de représentations et de mode d’analyse relatifs à la question du vagabond puis du SDF, puis, les changements des interventions publiques dans ce domaine. Enfin j’esquisserais un panorama (vraisemblablement non exhaustif) de la condition et du profil de SDF aujourd’hui en comparaison avec le profil des vagabonds d’antan…
___________________________________________________________________________
I ° DES VAGABONDS AUX SDF : CHANGEMENTS DANS LES REPRESENTATIONS ET LES ANALYSES
a) du moyen age au XVIIe siècle : de l’analyse religieuse à la représentation dangereuse.
b) au XIXe siècle : face aux changements structurels : psychiatrisation et responsabilisation
c) aujourd’hui : entre rationalisation et « mort social » : le SDF comme acteur, « bricoleur »
II ° DES VAGABONDS AUX SDF : LE ROLE DES INTERVENTIONS PUBLIQUES
a) du moyen age au XVIIe siècle : de la charité à la répression
b) au XIXe siècle : canaliser et moraliser
c) l’intervention publique aujourd’hui
III ° PANORAMANA DES VAGABONDS D’HIER AUX SDF D’AUJOURD’HUI:
a) profil du, des vagabonds… profil du, des SDF…
b) le rapport à l’emploi…
c) rapport aux autres, rapport à soi, rapport à l’aide
I ° DES VAGABONDS AUX SDF : CHANGEMENTS DANS LES REPRESENTATIONS ET LES ANALYSES
L’analyse du passage du vagabondage au « statut » d’SDF demande donc d’investir la question des représentations et des analyses sur ce sujet…
Pour se faire, j’ai opté pour une analyse en triptyque : une concernant le moyen age, puis une concernant le XIXe siècle, enfin, la dernière concernant les analyses actuelles…
a) du moyen age au XVIIe siècle : de l’analyse religieuse à la représentation dangereuse.
Les documents proposés ne nous rappellent que de manière brève ce qu’était le vagabondage, la mendicité, la pauvreté avant le XIXe siècle. Il me semble alors bon de revenir sur quelques points introductifs, sur l’histoire des représentations du pauvre, de l’indigent, du mendiant, du vagabond au moyen age…
Robert Castel, toujours dans « les métamorphoses de la question sociale » (1995), nous souligne ceci : dans un contexte religieux fort, l’indigent serait le support du corps supplicié du Christ… les représentation du pauvre, de l’indigent, sont alors fortement liées aux images religieuses… ainsi dit-il : « le pauvre le plus digne de mobiliser la charité est celui dont le corps exhibe l’impuissance et la souffrance »…
Cependant, les représentations associées aux indigents, aux vagabonds, évolueront et les interventions publiques s’en verront elles aussi modifiées. Se divisent aussi différentes catégories de populations selon leurs degrés de désocialisation : ainsi les vagabonds sont pensés comme des marginaux désocialisés, indésirables, dangereux… on insistera alors sur la malveillance des vagabonds, leurs « activités ou organisation criminogène »…
b) dès le XIXe siècle : face aux changements structurels : psychiatrisation et responsabilisation
Les changements structurels, économiques, puis aussi juridiques, feront que le vagabond sera souvent représenté comme un marginal, non soumis aux exigences de la vie moderne, du travail, désocialisé : le rapport incertain, aléatoire à l’emploi mais aussi à la vie moderne en fera fréquemment un homme dont la marginalité trouvera son origine dans un problème psychologique, psychiatrique…
De plus, loin de déculpabiliser, de réhabiliter les SDF de leurs conditions, bien souvent, la philosophie sociale tenait les SDF et vagabonds pour responsables de leurs statuts (le terme de fainéantise est un de ces schémas interprétatifs simplistes beaucoup évoqués lors du XIXe…) : les textes proposés indiquent que l’on a longtemps pensé que la vie vagabonde relevait de stratégies, de choix, de la part des errants…
Par la philosophie libérale, on responsabilisera ainsi le pauvre, le vagabond : Robert castel nous rappelle ceci : « le gouvernement ne doit rien à qui ne le sert pas ; le pauvre n’a le droit qu’à la commisération générale »…
Les peurs associées aux classes ouvrières se reportent peu à peu sur « la classe vagabonde », « dernière représentante de ce paupérisme qui ne veut ou ne peut disparaître ».
Les interventions publiques, que nous analyserons ensuite, iront aussi dans ce sens : la marginalité vécue comme dangereuse, dérangeante, de ces vagabonds, se reflétera dans des lois répressives et dans un désengagement de l’état.
c) aujourd’hui : entre rationalisation et « mort social » : le SDF comme acteur, « bricoleur »
Les analyses actuelles se situent entre une rationalisation totale de ce mode de vie et une « mort sociale », c'est-à-dire une simple réactivité aux conditions de vies difficiles, sans évoquer le SDF comme un acteur. Le terme de « Bricoleur » permet de rompre avec ces notions de « mort social » et de choix rationnel quant au statut SDF.
Deux analyses se sont, en effet, opposées au sujet de cette question : la première considérait que les SDF était dans une pleine une situation de choix, et que face au confort de la vie moderne, ils favorisaient l’errance. La seconde se représentait le SDF comme un agent dont l’action se réduisait à une simple réaction. Le SDF serait alors dans une misère économique mais aussi sociale, relationnelle, dans un état de « mort sociale ».
Entre ces deux analyses radicales, nous est proposé d’analyser le SDF comme une acteur, sous le vocable de « bricolage ». Comment comprendre ce terme ?
Il faut premièrement insister sur le fait que les lois structurelles, tout comme les destins individuels ne rendent pas compte de la diversité du problème…que les déterminismes (sociaux, médicaux psychologiques) cachent une autre possibilité d’analyse : celle du défavorisé, du démuni, comme « acteur social ». Deuxièmement, gardons en tête que le SDF dans sa désadaptation au mode de vie standard, puis dans sa réadaptation au mode de vie SDF, développe une dynamique d’intégration (au travers des services d’aides ou des groupes de SDF) et de désintégration (vis-à-vis des filiations familiales, mais aussi du monde professionnel stable). S’opère alors une mécanique de décomposition et de recomposition des identités : le SDF n’est donc pas totalement désocialisé, puisque, comme le définit Goffman, dans une vision interactionaliste, ce terme « implique la perte des aptitudes fondamentales a communiquer et a coopérer ». Le SDF ne saurait alors être en état de totale anomie, de totale désocialisation…
N’étant pas des automates réactifs, le SDF « s’arrange, bidouille, trafique », « bricole »…le parallèle entre le bricoleur et le SDF semble adéquat : en effet le bricolage est une activité « facteur d’économies et de sociabilité », ayant une visée d’amélioration domestique, révélant un certain degrés d’innovation, d’ingéniosité, mais s’effectuant dans un isolement relatif. De plus le bricolage nécessite un apprentissage… en ce sens, le SDF comme le bricoleur, est un « acteur social »…
A mesure que se multiplient les explications sur ce phénomène, et leurs solutions attachées, se consolide la présence de la question SDF sur l’agenda politique. Les caractéristiques récentes de la question ont surtout insisté sur ses dimensions structurelles (chômage, crise du logement, bouleversement de la cellule familiale…) en opposition avec les dimensions individuelles (manque de chance, infirmité, marginalité choisie, maladie mentale…) qui avaient cours auparavant (au XIXe siècle pour les vagabonds, durant les 30 glorieuses pour les SDF…).
Ce basculement va permettre d’insister sur la nécessité d’intervention des pouvoirs publics ; la responsabilité du fait d’être devenu SDF n’étant plus uniquement imputable à des choix délibérés ou à des comportements déviants, tant l’individu n’a pas de prise sur des phénomènes tels que ceux du chômage et de l’exclusion…
Quelles ont donc été, au cours du temps ; les différentes actions publiques sur cette question ?
II ° DES VAGABONDS AUX SDF : LE ROLE DES INTERVENTIONS PUBLIQUES
Selon les différentes philosophies sociales sur la question du vagabondage, les interventions publiques différent : Entre la non-intervention, la répression, la canalisation, la moralisation et les systèmes d’aides actuels…
a) du moyen age au XVIIe siècle : de la charité à la répression
La représentation religieuse du pauvre, du mendiant, du vagabond, de l’indigent, se reflète dans la non intervention du pouvoir sur ces question… l’indigent est alors remis à la bienfaisance, à la charité…
Cependant lorsque le vagabond devient un problème, est jugé vecteur de troubles différentes mesures sont prises : premièrement les vagabonds, indigents, mendiants et pauvres, ne peuvent trouver de l’aide qu’au sein d’une paroisse, délimitée géographiquement, ce qui restreint les déplacements : ainsi le pauvre connu et reconnu a plus de chance d’être secouru. Deuxièmement, au-delà de ce cadre géographique, les vagabonds et mendiants, se confrontent à des lois punitives et répressives, qui seront établies tout au long du XVIe siècle en France comme un peu partout ailleurs en Europe.
Le « grand renfermement » évoqué par Foucault relève de cette politique. L’invention des hôpitaux généraux par louis XIV aussi... on tente alors, si ce n’est de rééduquer les indigents, de les localiser, les fixer : pourtant, les traitement du vagabondage est plus souvent laissé à l’action policière : en effet la situation de domiciliation fixe qu’expriment ces lois ne touchent pas la plus part des vagabonds… Robert castel nous rappelle alors ceci : « l’enfermement ne concerne que les mendiants domiciliés ; il exclus les étrangers, les vagabonds, qui doivent quitter la ville, et continuer à relever des mesures de police »…
Au XVIIIe siècle les vagabonds seront directement envoyés dans des « dépôts de mendicité » dans lesquels, comme à l’hôpital général, l’alibi du travail cède la place au constat de mouroirs.
b) au XIXe siècle : canaliser et moraliser
Malgré leurs fermetures les « dépôts de mendicité » seront réouverts en 1808… de plus : « la société de la fin du XIXe siècle change au prix de transformations profondes qui renforcent le vagabondage des plus démunis mais aussi sa répression »…ainsi de 1880 à 1890 on estime le nombre d’arrestation pour vagabondage à plus de 20.000 par an…les changements économiques rendent les migrations moins indispensables et l’éclosion de lois rends le vagabondage plus difficile. « A travers le vagabond, le nomade en général et même le pauvre migrant, la société voit de plus en plus un danger, un réfractaire menaçant car il n’accepte pas les règles économiques, la sédentarisation… »
Ainsi en 1885 par exemple, s’illustre au travers de la loi, la peur qui reste associée aux vagabonds : celle-ci renforce les interdictions de séjours, notamment dans les grandes villes…la volonté de canaliser ces flux de populations, notamment hors des grandes villes, renvoi à cette notion de criminalité, d’immoralité que représente alors ces populations… « Le pouvoir s’appuie sur toutes les structures canalisant qui permettent a l’entreprise au patronat, de fixer cette population afin qu’elle puisse intégrer par elle-même ses propres références autour de la famille, l’épargne… »
Paradoxalement, notons aussi ceci : dans une époque qui se caractérise, par « une politique sans état », portée par une vision malthusienne de la charité publique (qui soutient l’abolition des poor-laws anglaises notamment, qui assuraient dans une localité définie une aide minimale), se développe, de manière antagonique, de nouvelles interventions, critiquables (comme les workhouse), mais qui relèvent d’une volonté d’intervention publique, dans une visée répressive et moralisatrice, mais dans le cadre toutefois de l’intervention publique…
c) l’intervention publique aujourd’hui
Aujourd’hui l’intervention publique est diverse et variée et ne relève plus de volonté répressive, de plus les interventions sur la question des SDF relève aussi des différentes interventions sociales (tel que le RMI par exemple)
Nous stipulerons ultérieurement les différentes caractéristiques des services d’aides lorsque sera évoqué le rapport à l’aide des sans domicile. Mais pour avoir un premier aperçu des organismes en question, nous pouvons en retenir quelques uns :
Des centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), les organismes d’aides aux logements (y compris des financements tels que l’aide sociale au logement), des centres maternels, des hôtels sociaux, des places réservées dans les foyers de jeunes travailleurs, ou les foyers de travailleurs migrants… il faudrait alors rajouté à cela : les chambres d’hôtels réservées par des associations ou par des services publics, la distribution de colis alimentaires ou de repas chauds, l’action d’association dans leurs différents centres, comme dans la rue, puis l’action des services publics…
L’on pourrait sûrement agrémenter cette liste, de noms d’associations, de sigles administratifs, mais au total nous apercevons que les actions d’aides concernent le travail, la réinsertion, les jeunes, les femmes, les personnes âgées, les étrangers, aussi bien les SDF travaillant ou étant à la recherche d’un emploi que les SDF n’ayant pas d’emploi…
Cependant, une notion paraît importante aujourd’hui, lorsque l’on regarde les systèmes d’aides : la notion de spécificité, et la notion de temporalité. En effet il semble que la diversité des cas soit de plus en plus pris en compte, et que, particulièrement en France, la variable « temps » ou « période » sans prise en compte : ainsi on investira différemment la question en fonction de la durée de vie en tant que SDF, de sa régularité… de plus toujours en fonction de cette notion de « temps », l’action est plus ample lors de périodes de grands froids, en hiver, ou les pouvoirs publics renforcent leurs actions.
Avec l’apport des distinctes théories, représentations, analyses, à propos de la question du vagabondage puis des SF au cours de l’histoire, mais aussi en gardant en mémoire les différentes interventions publique sur ce problème a travers le temps, nous pouvons peut être, plus explicitement, élaborer un panorama des vagabonds, des conditions de vagabondage, mais aussi, aujourd’hui, des SDF et de leurs conditions de vie…
Pour se faire, l’analyse du rapport à l’emploi et du rapport à l’aide (donc du rapport aux autres et du rapport à soi) participera vraisemblablement à une meilleure compréhension de cette problématique.
III ° PANORAMANA DES VAGABONDS D’HIER AUX SDF D’AUJOURD’HUI:
a) profil du, des vagabonds… profil du, des SDF…
Profil du/des vagabonds d’hier…
L’article de Jean François Wagniart : « Les migrations des pauvres en France à la fin du XIXe siècle ; le vagabondage ou la solitude des voyages incertains », nous décrit le vagabonds, comme un homme errant, souvent jeune et non qualifié, et provenant d’origine ouvrière, (les femmes ne représenteraient que 5à10% de la population vagabonde), se mêlant aux flux de travailleurs migrants journaliers, dont son profil se rapprochent parfois. Les vagabonds seraient alors des victimes des changements économiques, qui fuyant les campagnes vers les villes (bien que la répression policière les força aussi à éviter les grandes agglomérations). Leurs errances les feront entrer dans la catégorie juridique des vagabonds, pensés dangereux, mais qui, dans les réalités statistiques ne sont arrêtés que pour vagabondage ou petits délits.
Il existe aussi une frange de la population vagabonde issu de l’immigration, surtout dans les régions frontalières : des différences régionales se font en effet ressentir : par exemple, les migrations s’effectuaient (entre autre) en fonction de la réputation des habitants, de leurs charité, du climat (sans pour autant dire que ses vagabonds avaient des stratégies ; en effet la motivation principale de départ reste la survie : les déplacements s’effectuent la plus part du temps pour améliorer des conditions de vie ) …de plus entre les régions les vagabonds étaient plus ou moins migrants (en fonction de la place de la religion dans les régions notamment….). Le vagabond se déplace souvent seul et n’entretient que peu de liens avec d’autres groupes. Face aux représentations qui courraient alors sur les vagabonds jouisseurs et corrompus, nous pouvons dire que beaucoup menaient une vie misérable.
Profil du/des SDF…
Premièrement, notons que le nombre de SDF varie… en moins de 100.00 si l’on ne prend en compte que les SDF, mais plus de 200.000 si on incluse ceux logés en centre d’urgence et ceux logés dans des abris de fortune…
Les dossiers d’INSEE première nous proposent, concernant le SDF, le profil suivant : la majorité sont des hommes (les femmes comme les personnes âgées étant souvent orientées vers des centres). Les 2/3 des SDF seraient des hommes (selon cette étude qui ne prend pas en compte tous les SDF) , les 2/3 vivent seuls, 1/3 ont moins de 29ans (contre ¼ dans la population française totale) Nous pouvons distinguer grâce a ces documents 3 types d’habitats parmi les SDF : des abris de fortune ou la rue (cependant 1/3 des SDF ne dormiraient pas tous les jours de la semaines dans la rue), puis des centres d’hébergements (dont on distinguera ceux qui demandent un départ obligatoire le matin ou non), ou bien un logement mis a leurs disposition. On notera que les ¾ des SDF ont déjà eu un logement. De plus en 2000 un SDF avait été en moyenne 7mois sans domicile et ont connus des logements précaires pendant 3autres mois
b) le rapport à l’emploi…
Les vagabonds ne sont pas nés ainsi : beaucoup proviennent du milieux ouvrier et ne sont pas qualifiés. Mais ces derniers poursuivent un type de migration qui s’épuise à la fin XIXe siècle au profil de migrations plus durables liées à l’exode rurale. Souvent ces vagabonds tenaient un emploi dans des secteurs en crise : le bois, le cuir, le textile… ». Le vagabond s’inscrit alors en tant qu’errance des sans-travail sur fond de crise structurelle qui remet en cause l’existence de certains métiers appelés à disparaître ou à se transformer ». Ainsi le nombre de « sans emplois » parmi les SDF avoisine les 50%... lorsque des crises adviennent (comme la dépression de 1900 à 1904) ce nombre augmente.
Aujourd’hui non plus, ne nous pouvons pas affirmer que les SDF restent coupés de l’emploi : en janvier 2001, 40% des SDF recherchent un emploi (cependant 1/3 recherchent un emploi depuis plus de 2ans). De plus 90% ont travaillés au cours de leur vie (majoritairement comme employés ou ouvriers). Entre les sans domiciles inactifs a la recherche d’emploi et les actifs découragés ; on peut tirer une conclusion : « de manière générale les sans domicile restent majoritairement actifs dans leurs recherche d’emploi malgré les difficultés qu’ils peuvent rencontrer »…Ainsi 30% des SDF ont un emploi (même si cette proportion diminue lorsque l’on cible les populations vivant dans la rue)… on notera cependant que pour beaucoup, (60%) leur ancienneté dans leur emploi reste inférieure à 6mois, et que le nombre de SDF travaillant sans contrat de travail reste élevé. Au total la moitié des SDF disposent d’un revenu mensuel inférieur a 380€, ¼ perçoit le RMI, mais la faiblesse de leurs revenus ne leur permet pas d’accéder au logement.
c) rapport aux autres, rapport à soi, rapport à l’aide
Le rapport aux autre, le rapport à l’aide, le rapport à soi est très difficile à appréhender lorsqu’il s’agit des vagabonds : premièrement parce que l’aide qu’offre le XIXe n’est celle d’aujourd’hui. Pour ainsi dire, l’aide ne se manifeste que sous sa forme répressive. L’attitude des vagabonds est donc la fuite. Deuxièmement, peu de points illustrent le rapport aux autres, des vagabonds du XIXe siècle. Les textes proposés nous donnent l’image d’un homme seul, sans liens véritables avec sa famille, ses amis, ou bien (pour les immigrés) avec sa communauté d’origine. Nous pouvons aussi souligner que les migrations des vagabonds du XIXe siècle n’étaient pas sans rapport avec les régions visées : Ainsi le contact avec une population plus accueillante aurait été favorisé par ces vagabonds. Enfin le rapport à soi reste aussi difficile à évaluer : nous sommes cependant tenus au courant du pénible mode de vie vagabond, et des misérables fins de vies : la société n’entretenant pas de rapports d’aides avec le vagabonds, ce dernier n’a pas de réelles possibilité des secours.
Il en est autrement en ce qui concerne les SDF. Premièrement nous avons vu que les SDF ne sont pas en état de « mort social » ; ainsi entretiennent-ils des réseaux (certes moins denses) entre eux, avec leurs amis, mais aussi avec les différents services d’aides. Nous l’avons vu, les aides sont diverses, mais l’accès aux aides reste limité : notons alors que seulement 50% des SDF vivant dans des abris de fortune ou dans la rue ont eu accès à des services liés aux centres de jours le mois précédent l’enquête de 2001. Sur la même population seule 30% ont eu recours aux vestiaires pour se procurer des vêtements… le recours à l’aide passe alors aussi par les séjours en hôpitaux, pour tentatives de suicides, agressions… 1/3 des SDF sembleraient avoir recours a cette voie… notons sur ce sujet que plus le SDF vit dans une situation précaire, plus sa condition mentale et physique se dégrade : ainsi le rapport à soi, notamment au travers du rapport au corps, semble illustrer un certain abandon, comme le montre si cruellement le livre de Patrick Declerck, qui évoque « un déni massif du corps ».
Les réactions du pouvoir et des populations, au cours du temps, découlent de la dichotomie entre deux sentiments : la dignité et la marginalité. Ces 2 termes sont toujours présents mais selon les époques et les circonstances, les différentes interventions ont bien montrées que l’une ou l’autre domine. Le XXe siècle croyait marcher vers l’extinction du paupérisme mais avec le développement de la crise économique est apparu le concept de SDF. Cependant, l’épaisseur des chiffres perdure et nous sommes à même de nous demander, au-delà du statut de victime largement consenti aux SDF, si les pouvoirs publics, n’espèrent pas, que la crise passe et réduise ces nombreux SDF à une marge acceptable et incompressible de marginaux.
Publié dans opinions, oppositions, propositions... | Lien permanent